Jacques Arago meets Thomy Pitot

Your fathers, Jean-François and Laurent, were born in a small private clinic, called La Villa Isis, located on Boulevard Arago in Paris. The boulevard is named in honor of François Arago, French astronomer, mathematician and scientist. François Arago's brother, Jacques Etienne, a writer, made a trip around the world from 1817 to 1821.

In 1819, at the age of 29, he lands in Port Louis, in the island called Ile de France by its inhabitants, and Mauritius by the British who had recently captured it. There, Jacques Arago is invited to stay in the house of your ancestors. He describes their daily lives in his book, Voyage autour du Monde:

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Cette fois pourtant je me vis forcé de renoncer à mes projets d'excursion, et voici comment ; à peine étais-je descendu du canot et eus-je fait quelques pas sur le débarcadère, qu'un colon de fort bonne mine s'approcha de moi d'un air empressé et me salua.

-- Monsieur fait partie sans doute de l'état-major de la corvette mouillée sur rade?
-- Oui, monsieur.
-- Monsieur n'a pas de correspondant en ce pays?
-- Non, monsieur.
-- Ni de logement à terre?
-- Non, monsieur ; vous tenez, je le vois, hôtel garni et table d'hôte?
-- Presque.
-- Je ne comprends pas.
-- Je suis négociant, banquier de l'île : dès qu'un navire français arrive, je viens sur le port et je m'estime heureux quand on veut bien, sur mon invitation et sans cérémonie, accepter un dîner chez moi. Il y a longtemps sans doute que vous ne vous êtes assis à une table; voulez-vous me faire le plaisir et l'honneur de venir prendre place à la mienne?
-- Cette exquise politesse me flatte, et j'y répondrais mal en refusant.
-- En ce cas, voici un palanquin et des noirs à vos ordres.
-- Si vous me le permettez, j'aime mieux aller à pied.
-- A la bonne heure, je vous offre mon bras.
-- Que j'accepte.

Nous voilà donc en route, et je remarquais en traversant les rues et les bazars que marchands à leurs comptoirs, cavaliers et piétons saluaient mon nouvel ami avec un empressement et un respect qui me donnèrent de lui une haute opinion.

-- Votre ville me semble un peu triste, monsieur.
-- Vous y arrivez dans un mauvais moment; mais ne vous hâtez pas trop de la juger, monsieur Arago.
-- Vous savez mon nom?
-- Un matelot l'a prononcé sur la cale et ce nom est venu plusieurs fois jusqu'à nous.
-- Le vôtre, je vous prie?
-- Il est né dans l'île et il y mourra à coup sûr : je m'appelle Tomy Pitot.

Nous arrivâmes.

-- Soyez le bienvenu, me dit en me tendant la main un vieillard à figure pleine de bienveillance, nous allons nous mettre à table ; mais Tomy aurait dû ne pas vous amener seul.
-- J'étais pressé de vous présenter ma conquête : c'est M. Arago.

Dans un salon vaste, frais, élégant, orné de beaux tableaux à l'huile, au milieu d'une famille aimable de peintres, de littérateurs, de poètes, s'échangeaient des saillies spirituelles avec une prodigalité ravissante, et puis de jeunes et fraîches dames et demoiselles, l'une au piano, l'autre à la harpe ; une troisième chantait, et tout cela sans afféterie, sans ambition, avec une gaieté, un laisser aller, une sorte de bonhomie à effacer toute supériorité personnelle. Pour le coup j'oubliai mes courses aventureuses ; les bois, les rochers, les cascades, les précipices eurent tort et je me laissai doucement aller au charme d'une soirée délicieuse qui se prolongea bien avant dans la nuit.

-- Maintenant que la fatigue et le sommeil peuvent vous arriver, me dit M. Tomy, allez vous reposer. Tenez, voici un pavillon isolé, tranquille; vous avez là dans une armoire un rechange du matin et du soir, un lit moelleux, un moustiquaire sans lequel vous ne pourriez dormir. Quand vous y viendrez, vous me rendrez service ; quand vous n'y viendrez pas, vous me fâcherez. Nous déjeunons à dix heures, nous dînons à six; le soir il y a thé et concert; on vous attendra tous les jours.

...

Ce n'est pas tout encore. J'ai trouvé ici une société d'hommes aimables sans causticité, instruits sans pédantisme, qui, toutes les semaines, dans des réunions qu'ils avaient appelées séances de la Table-Ovale, luttaient par leur verve intarissable avec les beaux-esprits de nos caveaux anciens et modernes, et perçaient quelquefois les profondeurs les plus hautes de la science.

Je n'ai pas manqué un seul jour à ces banquets délicieux où leur courtoisie m'avait invité. J'ai dit souvent, depuis mon retour en Europe, les couplets et les strophes des poètes de l'île, et l'on a pu se convaincre que le ciel qui a réchauffé Parny et Bertin n'avait rien perdu de sa puissance inspiratrice.

Là Bernard et Mallac, rivaux sans jalousie; là Arrighi, descendant d'une famille illustre ; là Chomel, le fameux Désaugiers de l'île ; là Coudray, directeur du collège colonial, où il veille en père sur tant de jeunes espérances ; Thenaud, Esope indien, vainqueur des belles à coups d'élégants madrigaux; Dépimay, plus utile encore au barreau qu'à ces banquets dont il est l'idole ; Mancel ; Josse, qui comprend et commente si bien Newton et Descartes; Edouard Pitot, le peintre ; Fadeuil, Maingard, Epidarise Collin, qui reçut des leçons de Parny et se plaça si près de son maître; et Tomy Pitot, le plus habile de tous, poète inspiré plus encore par le coeur que par la tête, le Béranger de cet hémisphère, que la mort vient de ravir naguère à la colonie attristée. Oh ! je ne les ai pas quittés sans larmes, ces amis de peu de jours, mais si bons, si fervents; et si l'un d'eux, de par le monde, lit encore ces lignes, il verra que moi aussi j'ai dans l'âme un autel pour les saintes affections.

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Thomy (spelt Tomy by Arago) is your great5-grand-uncle. He died prematurely in 1824, at the age of 39. His older brother Edouard le peintre is your great5-grand-father. Edouard and Thomy lost their mother, your great6-grand-mother Louise Fontenay de Lossieu, when they were 4 and 3-years old; they lost their father Robert, your great6-grand-father, two years later; he died in Cadix, Spain, during a business trip. The vieillard à figure pleine de bienveillance is Charles, your great6-grand-uncle. He sent his orphan nephews in France, where they were raised with their cousin Félix de La Mennais, and later took them as his business associates.